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  Je le savais… ( 17 Mai 1459 )

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MessageSujet: Je le savais… ( 17 Mai 1459 )   Jeu 17 Mai - 13:12

Missanges a écrit:
[ Une journée comme les autres]

Nous allions enfin partir !
Après un mois de mariage, nous allions enfin effectuer notre voyage de noce. Le cadran solaire activant les heures plus vite que l’on ne le voudrait, celui-ci fut reculé une première fois par une invitation dans la ville de Vannes. Il fut encore repoussé une deuxième fois en raison de notre participation au tournoi de Soule réunissant deux équipes de Breizh. Ces deux camps devenus adversaires le temps d’un match afin d’animer ou de distraire tant bien que mal quatre pelés et un tondu !
Quoique non, le tondu c’est l’arbitre ! On ne le compte donc pas dans les spectateurs !

Après avoir trôné et atteint son maximum de hauteur au-dessus de l'horizon c’est- à -dire à son point de culmination. Le soleil effectuait sa descente. Il devait être à moitié de sa course lorsque je mis les pieds dans le bureau des archives de Kastell afin de combler quelques trous…
Des petits couinements parvinrent à mes oreilles lorsque la porte s’ouvrit. Trois souris se promenèrent sur la pile de vélins laissée ouverte par inadvertance. Une bouffée d’odeur de moisie et de poussières s’empressa de sortir de la pièce venant titiller mes narines et c’est dans un grand Atttttttttttccccccccccchhhhhhhhooooooooouuuuuuummmm !
Que je fis mon entrée !
Nullement effrayées par ma présence, les locataires devenues savantes depuis le temps qu’elles squattaient dans ce bureau me regardèrent tranquillement.

Aucunement inquiète de ces rongeurs de vélins, m’étant habituée à leurs présences, j’avançai munie de ma torche dans la main. Celle-ci répandait une faible lueur et mon ombre projetée en avant dessinait ainsi de curieuses formes sur les murs et le plafond. Assise sur son séant, ses fines moustaches légèrement tremblantes, la première souris me regardait.
Mousse ! Je l’avais appelé ainsi en raison d’une légère écume à peine distincte s’échappant de son museau.
Elle était là !
Me regardant venir, attendant que je sorte de ma poche, ma réserve de miettes de fromage.
Ce fut la seconde Spi-die qui fidèle à son habitude fut la plus rapide, sûrement dû à son nom de voile abrégé qui la faisait naviguer plus vite. La troisième, la plus craintive constante envers elle, regagna son domicile secret élu dans un trou de mur.

Eclairant d’autres torches afin d’avoir encore plus de lumière, j’ouvris les actes de naissances. La plume plongea dans l’encre s’imbibant graduellement et les deux dernières naissances Politaines se rajoutèrent au registre, Maeline et Tiernvael De kerdren.
Missanges a écrit:
[ La révélation]

Les torches se consumaient doucement répandant un mince filet de fumée noire. Ma main parcourut les vélins et un doigt pianota sur les dos des livres afin de savoir lequel prendre. Les bouquins ainsi posés les uns à côté des autres constituaient la plus belle collection d’archive des villes de Bretagne. Un opuscule attira mon attention

‘’ La quête du divin tonneau’’…

Les archives de Saint Pol

Les années se succédent, laissant des souvenirs qui deviennent au fil du temps des légendes. Simples mots couchés sur le vélin qui nous transportent dans un autre élément, un autre univers. Ces livres placés sur une étagère que la poussière recouvre, attendent jours après jours la main qui va les feuilleter.

Je pris l’ouvrage délicatement entre mes doigts, le déposant précieusement sur ma table de travail, comme si je déposais ma fiole de Prunàvampi et en relus une énième fois l’histoire. Mirven ma mère, Peter mon père, Précio mon amie, et d’autres Politains avaient raconté ce récit que la plume avait permis de sauvegarder pour les temps à venir, une magnifique légende…
Lentement le soir déclina, la lassitude envahit mes membres.
Il fallait que je sorte !
Secouant mes bras et mes mains pour dissiper les crampes qui commençaient à fourmiller dans mes doigts, une pensée ne cessait de tournoyer dans mon esprit…
Viken t’attend…Viken t’attend…
Mes muscles ne réagirent pas et mes paupières devinrent lourdes. Les lignes constituant l’histoire se mirent à osciller tantôt à gauche tantôt à droite. J’essayais de me concentrer sur la page ouverte, sur le paragraphe tant important

Près d'une ville où vaille que vaille
cinq tours, quatre portes, une muraille
Se dressent contre les malfaisants
Mais s'ouvrent pour les bienveillants
Dans le sanctuaire des sorcières et sorciers
Au cœur d'une sombre forêt
Peut-être est-ce là que vous trouverez
Empli du divin breuvage, le fameux tonnelet ?


Certains mots s’effacèrent pour réapparaître flous puis s’estompèrent complètement.
Ce fut le noir !
Je m’endormis sur les dernières lignes…

Le rêve commença lentement par des formes furtives, des couleurs pâles qui devinrent de plus en plus éclatantes. Une pluie d’étoiles déchira l’obscurité et je la vis devant moi toute scintillante sortie de la mémoire du livre pour venir s’ancrer dans la mienne. La dame du lac se tenait auprès de moi. Magnifiquement belle, irréelle, j’entendis sa voix douce et mélodieuse…
…cinq tours… quatre portes… une muraille… sanctuaire… forêt… vous trouverez
le fameux tonnelet… Cherche Miss, ton père a caché le plus divin tonnelet, celui dont la source ne tarit jamais…Cherche…

Un halo de lumière l’entourait. Levant sa main elle éclaira une route…

Missanges a écrit:
[ Au cœur du rêve ]

La lumière faiblit puis disparut. Une route s’ouvrit devant moi. Dans le lointain s’élevait une seule montagne. Au sommet se dessinaient cinq tours, usées, brisées, bafouées par les années passées. Elles étaient droites, fières et semblaient défier le temps.
Je me mis en route vers ces donjons qui m’attiraient. Mue par une excitation intérieure à l’idée de trouver la cachette de mon père, je sentis des doigts invisibles me pousser vers cette montagne. Marchant d’une allure soutenue, seul, le bruit des broussailles mortes craquant sous mes bottes m’accompagnèrent.

Je suivis le chemin sinueux passant par endroit sous des arbres aux branches dénudées. Je grimpai péniblement une pente jusqu’à en fouler la cime pour la redescendre ensuite. Des branches me fouettaient le visage, me griffaient les joues. L’extrémité de celles-ci m’emprisonnait essayant de ralentir ma cadence, me tirant les bras et les cheveux.. J’avançai me débattant constamment contre cette agression.
La voix résonnait toujours…Cherche Miss …cherche…

Je progressais de trois pas et j’en reculais d’un. Lorsque j’arrivais au bas de la pente, une autre colline s’élevait devant moi, plus longue s’étirant sur des lieues et des lieues. Les tours au loin semblaient me narguer et j’escaladais, rampais diminuant la distance. Des tas de cailloux roulèrent sous mes bottes lorsque mes pieds s’y posèrent. Une glissade sur le cul commença pour finir contre une branche abaissée que je devais enjamber.
Chaque mètre parcouru était une lutte, un effort contre cette nature déchaînée. Le dernier versant de la colline s’ouvrit sur un vaste espace boisé ou serpentait une large rivière. Au milieu un homme, braies remontées à mi-mollet, torse nu pêchait. Il se pencha les bras enfoncés jusqu’au coude dans l’eau transparente. Ses doigts glissèrent dans l’eau titillant les rochers et dans une gerbe d’éclaboussures ressortirent une truite. Le poisson aux éclairs d’argent dont les reflets luisaient sous le soleil tressauta dans la main du pêcheur.
Tournant son visage vers moi, je reconnus mon mari.

-Chérie, regarde ce poisson…

Courant vers lui, heureuse de le voir, son visage éclata en millier de particules argentées qui dansèrent autour de moi. Sa figure ne fut plus qu’une vision miroitante dans l’air où persistaient seulement ses grands yeux me regardant amoureusement. L’image tremblota puis s’estompa. L’eau glacée entra doucement dans mes bottes gelant mes orteils.
Je repris ma route longeant la rivière jetant de temps à autre des petites pierres grises qui, ricochant dans l’eau répandaient une ribambelle de gouttelettes rebondissant, formant des cercles prenant une couleur d’arc-en-ciel.

Missanges a écrit:
[Mon père, ce héros]

D’heure en heure, je marchais sans ressentir la fatigue, ni la faim. Au pays du rêve l’être devient invincible…Devient héros…

Le ruisseau s’était rétréci laissant apparaître d’énormes rochers. Des rocs irréguliers de pierre lisses couvertes de lichen se baignaient dans l’eau claire et propre, j’en voyais le fond. Mes pieds glissant contre le fond de mes bottes laissaient échapper un curieux bruit de splach. M’adossant contre la portion d’un gros bloc, je pris appui sur mon pied gauche tout en tenant mon talon droit dans ma main, je renversai ma chaussure afin d’ôter l’eau s’étant infiltrée dans le fond de celle-ci. Regardant tranquillement la surface de l’eau ridée par mon piétinement redevenir lisse et reprendre sa quiétude habituelle. Mes yeux suivirent la dernière ondulation et soudain, mon cœur s’emballa. Un battement plus fort cogna contre ma poitrine. Mon corps se plaqua davantage contre le rocher.

Dans l’eau, deux yeux devenaient plus distincts, plus nets. Une chaleur m’envahit, une chaleur anormale pour la saison en cours. La sueur du danger coula sur ma figure. Mains crispées sur le rocher, un mélange de peur et de courage parcourut mon corps. Mon sang afflua plus vite, plus chaud dans mes veines venant tambouriner contre mes tempes. Les pulsations de mon cœur se firent plus fortes, plus violentes…. Respirer…Respirer…Il fallait respirer.
Levant la tête, il était là, devant moi.
Nos yeux se rencontrèrent. Ma bouche s’ouvrit, puis se referma, je sentis ma mâchoire se crisper.
Une seconde, cela n’avait duré qu’une seconde !
Mais pendant cet intervalle, le temps s’était arrêté, j’avais oublié de penser, j’avais oublié de respirer. Les yeux vitreux du loup se tenant devant moi, me dévisagèrent. Ma main se porta sur le pommeau de mon épée. Celle-ci glissa le long de son fourreau. La lame étincela sous le soleil déclinant, puis s’échappant de ma main, elle s’envola tournoyant dans les airs.
Un cri, un hurlement de victoire s’éleva de la gorge de la bête.

Dans le lointain un chant se fit entendre,

Le forum du Gwenn Ha Du

Des hommes et des femmes chantaient. Une file de cavaliers arrivait. Les sabots de leur monture soulevaient la poussière de la terre. Ils venaient à ma rencontre. Les chevaux hennissaient, se cabraient sentant l’odeur du loup. Mon père en tête, droit sur ses étriers hurlait, un bras en l’air portant haut son estoc.
Le loup se retourna, d’une puissante détente quitta le sol fendant l’air, crocs en avant.
L’acier de mon père tournoya, entra dans la gueule du loup. Le rouge de son sang vint tacher sa fourrure et dans un hurlement d’agonie son corps vint rejoindre le sol. Son cri résonna, vibra dans mes oreilles diminua lentement, s’estompa.
Mon père ce héros, avait tué le loup. Je courus vers lui afin de l’embrasser. Mon corps passa au travers du sien. Rien, plus rien, plus personne, seul l’écho du hurlement persistait, revenait en une voix différente.
Cherche, Miss…Cherche.


Missanges a écrit:
[ les héros sortent du livre]

Courir, toujours courir plus vite, plus loin. S’enfuir, sans regarder en arrière. Mes bottes avaient quitté l’eau de la rivière et je courais le long de celle-ci.
Le paysage changea, la rivière disparut pour réapparaître tombant en cascade dans des larges et profonds fossés ceinturant le château. Les douves dernier obstacle freinant mon arrivée aux cinq tours..
Levant la tête, elles étaient là !

Devant moi se dressaient cinq tours. Cinq tours reliées par de merveilleuses passerelles enjambant le vide. La dentelle de pierre formait des dents rectilignes que le temps avait rongé, carié par endroit, effrayant ceux qui par malheur songeaient à défier cette forteresse. Le pont- levis était abaissé, les portes massives délicatement ouvragées permettant l’entrée dans l’enceinte étaient ouvertes. Sous la voûte une femme vêtue de noir, les cheveux flottant au vent me regardait. Sa longue robe sombre se terminait en délicieux frou-frou semblant jouer avec le vent. Ma mère se tenait sous l’arcade me tendant la main souriante. Mes bottes firent craquer les lattes en bois constituant le pont. Absorbée par ce sourire, j’avançai vers elle, vers la sécurité.
L’intérieur était un lieu merveilleux, une ville paisible déroulait ses scènes de vie habituelle.
Des fontaines en forme de tonneau déversant dans ses bassins chouchen et prunàvampi
De la musique résonnait, des ménestrels jouaient de toutes sortes d’instruments, flûtes, harpes, émettaient des sons qui se fondaient ensemble. Une foule dansait, riait, s’amusait. Des senteurs d’épices, de nourritures, d’arômes de fleurs se mêlaient ensemble embaumant l’air.
Un havre de paix !

Mon père, ma mère, mon amie Précio, Joeboy, femmes, hommes, enfants se tenaient la main dansant ensemble dans une longue farandole menée par ma mère souriant au vent. Mes pieds brûlaient d’envie de les rejoindre, happée par une main tendue je fus dans la vague dansant à mon tour. Mes pieds étaient légers, si légers qu’ils ne touchaient pas le sol. Je chantais sans comprendre les mots qui sortaient de ma bouche.
Soudains les danseuses s’évaporèrent emportées par une rafale de vent laissant une longue traînée noire. Le port altier digne d’une princesse, de ma mère la vicomtesse fut la dernière silhouette que je vis dans ce ciel si bleu.

Une tour verte comme les collants de mon père apparut. Un large escalier s’ouvrit et sans aucune hésitation je montais les marches.
Cherche, Miss….Cherche.


Missanges a écrit:
[ Le tonnelet]

Une sensation de froid, des mains mystérieuses me portèrent, me touchèrent, glaçant mes os. L’escalier en colimaçon monta indéfiniment. Les marches prirent tantôt l’apparence d’un tonneau, tantôt l’apparence d’une chope.
Il faisait chaud, il faisait soif !

Soudain tout céda, les murs de la tour disparurent, la tour elle-même disparut. Seul l’escalier resta. Suspendu dans le vide, les marches devinrent étroites et une obscurité de plus en plus épaisse m’entoura. Je palpais le vide avant de poser mon pied ne sachant s’il y aurait une marche sous celui-ci. Après une montée interminable, la spirale d’escalier cessa soudainement mes pieds se posèrent sur une dalle plus large, aussi mince qu’une feuille de vélin. Elle se mit à trembler sous mon poids, une pierre se détacha, tomba dans ce vide, attirée par ce gouffre géant m’entourant.
Aucun bruit, seulement la nuit.

La dalle céda sous mes pieds et je fus dans une salle dont les quatre pans de mur bougeaient. Cloisons poussiéreuses qui s’effritaient lorsque mes mains les touchaient.
Dans un tourbillon de fumée des torches s’éclairèrent soutenues par des appliques de fer. Les flammes dont la lumière dansait faiblement devinrent de plus en plus vives.
Et je la vis !
Devant moi tenu par une paroi différente des autres, un pan de mur de pierre blanche, roche à peine érodée par le temps, tenant en son centre une porte.
Une porte dont la forme représentait un tonneau monumental finement sculpté. Des volutes de chopes et de fûts trônaient fièrement au centre de celle-ci. Des sculptures si compliquées si finement exécutées s’entremêlaient décorant l’ouvrage.

Une partie de l’image centrale, était plus travaillée que le reste. Taillée dans le bois, une chope plus grande y siégeait. Une chope sans anse mais dont l’empreinte manquante restait visible. Ma main parcourut les dessins, mes doigts s’arrêtèrent sur des formes étranges.
Soudain mes yeux se portèrent sur un contour bizarre, une forme qui dérangeait dans ce tableau si parfait. Une anse était là pendue dans un coin n’ayant pas sa place. Mes doigts s’en saisirent et je la mis dans l’emplacement vide. L’anse s’y imbriqua comme si l’espace avait été prévu pour elle. La chope fut entière.
A peine en place, la sculpture bougea, s’inclina et un liquide s’infiltra dans les interstices des veines du bois. Une odeur, cette odeur.
La Prunàvampi !
Imperceptiblement une fissure se creusa, élargissant doucement la porte. Petit à petit le panneau ouvragé céda. Une pièce immense apparut, une dalle éclatante lumineuse à faire plisser les paupières trônait au centre, elle soutenait un tonneau.
Le fameux tonnelet !
J’avançai radieuse plongeant mes mains en coupe dans le breuvage divin. Soudain je ressentis une douleur aiguë. Mes paupières se levèrent, une souris se tenait devant moi plongeant ses dents dans mon doigt.
Saleté de bestiole !
Secouant ma main quelques gouttes tachèrent la page du registre. J’étais quitte pour recommencer.
Les archives, j’étais aux archives.
Tristement je repris conscience et réalisai que tout cela n’avait été qu’un rêve. Seule l’image de la porte revenait sans cesse dans mon esprit, cette porte je la connaissais…
Oui, je le savais !
Elle ornait un pan de mur dans la cave du moulin. Je refermais l’ouvrage de la quête du divin tonnelet cherchant au fond de ma poche un mouchoir afin de stopper ce sang qui pointait.
Ma main toucha un objet froid. Dans la paume de ma main se tenait une anse …

[Fin]
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Je le savais… ( 17 Mai 1459 )
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