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 Sur la route…La rencontre. ( 02 juillet 1460 )

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Messages : 1118
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MessageSujet: Sur la route…La rencontre. ( 02 juillet 1460 )   Mer 25 Juil - 12:19

Missanges a écrit:
[Manoir d’Ar Govelioù]

Le silence régnait en maître au manoir, celui-ci avait pris ses quartiers d’été et les nombreuses pièces étaient devenues désertes au fil des jours. J’avais donné congé aux domestiques et ceux-ci s’étaient empressés de partir rejoindre leurs familles aux quatre coins de Bretagne.

Affairée à constituer un bouquet, histoire d’oublier ce vide que sont les départs… Intégrant les fleurs et les feuilles, harmonisant les couleurs, coupant les tiges afin de les avoir toutes à une hauteur identique. Je répartissais ce bouquet dans un vase, que je posais sur la table du salon. Un centimètre à droite, trois millimètres plus à gauche …
Parfait !
L’harmonie était trouvée. Reculant afin de contempler cette fausse perfection, j’étais heureuse du résultat.

Oui ! Le bonheur peut être très simple…

Un long soupir me fit tourner la tête, couché sur le sol la tête entre ses pattes deux billes rondes me regardaient. kousker ! Le chien dont j’avais la charge durant les vacances m’observait inclinant la tête tantôt à droite tantôt à gauche, trouvant sans doute ridicule de passer du temps auprès de ces fleurs qui le faisaient éternuer si par malchance elles se trouvaient près de ses narines. Il aurait bien remplacé tout cela par de la bonne viande ou quelques os appétissants. Mais voilà c’était un chien et c’était moi le boss…

Mes iris le fixèrent,

Allez viens on va jouer …

À croire que ces animaux savent lire sur les lèvres j’eus à peine prononcé les mots, qu’il était devant la porte attendant impatiemment que celle-ci s’ouvre, puis il bondit rapidement vers l’extérieur.

kousker, était un jeune labrador, qui n’aimait pas la laisse. Impossible de le faire avancer lorsqu’il était maintenu par une lanière de cuir il se couchait alors sur le sol et il fallait le traîner si l’on voulait qu’il avance…

Au manoir et surtout avec l’espace des terres d’Ar Govelioù qui s’étendait à perte de vue il était heureux. Tandis que chacun descendait à son rythme la pente douce parsemée d’arbres ombrageant ce parc, je regardais les grands arbres devenir bien visibles au fur et à mesure de notre avancement. Leurs cimes touffues érigées dans les airs semblaient défier le ciel. Un mélange de variétés se côtoyait les unes avec les autres. Un rayon de soleil s’insinua au travers des feuilles, venant agresser mes iris qui se fermèrent aussitôt. Le revers d’une main vint subitement palier à cette agression, afin de diminuer l’intensité de cette lumière. Lentement mes yeux s’ouvrirent et au travers de mes doigts, je regardais toujours la cime des arbres. Des ombres chinoises se dessinèrent sur ma chemise et selon la forme des feuilles des dessins étranges se mirent en mouvement.

La feuille du chêne sembla découper le fin tissu de ma chemise de ses dents dentelées, tandis que la feuille du frêne faisait naviguer une douce barque.

Tandis que mes pas inclinaient légèrement l’herbe constituant un gazon dès plus magnifique, kousker, écrasait lamentablement ces brins verts s’y vautrant en effectuant diverses roulades.

Le jeu des cabrioles parut lui plaire un moment puis il se mit en quête d’en trouver un autre. Quelques feuilles flétries par l’été débutant, s’envolèrent devant lui, montant en spirale sous son nez, un nouvel amusement était trouvé, mais il fut de courte durée. Je le vis remonter la pente à vive allure tenant dans sa gueule une grosse branche morte. Mes yeux le fixèrent au travers des espaces de mon chapeau de paille, fermant un œil puis un autre je m’amusais à le voir venir, estimant la distance…

Venir !

En fait, il me fonçait dessus oui ! Mais il allait bien s’arrêter ! Et ben non ! Et, comme si je n’existais pas il me chargea. J’eus beau essayé de rentrer mon ventre, de faire une passe digne d’un grand Toréador je fus assise dans l’herbe son nez devant le mien.

Saleté va !

C’est à ce moment là qu’un pigeon piqua de la cime d’un arbre, passant entre son museau et mon nez, lâchant un vélin enrubanné d’un joli fil de soie sur ma tête, à croire que ce volatile avait envie de finir accompagné par des lentilles !

kousker partit immédiatement à sa poursuite tandis que je dépliais la missive,

"Je reviens en Bretagne,

Je suis à Rieux dans peu de temps."

Mes yeux s’arrondirent sur la signature….
Missanges a écrit:
[ Le départ ]

Mes yeux s’arrondirent sur la signature…

Le temps de regagner le manoir et d’avertir les Mamettes de mon départ sur Rieux, la table de la cuisine fut remplie de diverses victuailles. Des petits pots de confiture aux couleurs alléchantes, cent pour cent made in Mamettes vinrent garnir le plateau de bois.
Un fin carré de tissu recouvrait le haut de chaque petit bocal de verre et une délicate dentelle ceinturait cette toile. Le centre de l’étoffe était brodé d’un dessin représentant le fruit du contenant servant à différencier tous ces pots identiques.
Je souris, repensant aux hivers où devant l’âtre chaque soir elles brodaient ces petites merveilles en disant que l’assiette commençait par les yeux…

Les restes d’un far breton, spécialité des Ancêtres disparut dans un plus grand carré de tissu blanc parsemé d’hermines, délavé par les nombreux lavages. Les doigts ridés de Mahestine prirent délicatement les pointes opposées de l’étoffe et un nœud puis un autre vint maintenir et cacher cet appétissant dessert.

- Il n’est pas d’hier ce gâteau ?

Les yeux de Mahestine se fixèrent dans les miens.

- Oui, il est d’hier matin ce gâteau et alors, tu as le palais délicat ?

- Heu…Non pas du tout, c’était juste une question. D’ailleurs, c’est reconnu, c’est bien meilleur un peu plus dur et c’est plus économique ! Lorsque tu as faim, tu prends un morceau et de le voir et de le toucher, ben t’as plus faim…

Je sentis mes lèvres s’étirer tout en essayant de garder mon sérieux.

- Les gâteaux "maisons" peuvent se conserver la semaine, vous les jeunes, faut toujours que vous fassiez attention à tout !
Que vous comptiez depuis combien de jours cela est fabriqué, que vous enleviez la pellicule de moisie sur le fromage…vous finirez bien par manger n’importe quoi et perdre toutes les saveurs des bonnes choses. Ainsi toi, la cultureuse tu pourras inventer la semaine du goût, cela te fera une animation…


- Culturatrice !! Mahestine et puis pour la semaine du goût pourquoi pas tiens !! M’enfin garder une semaine un gâteau, je comprends pourquoi les anciens n’ont plus de dents à croquer dans des semelles pareilles !

Et le battoir fusa, Mahestine brandit au-dessus de sa tête la célèbre planche de bois que tous les enfants de kastell avaient du savourer au moins une fois dans leur vie.

- Ce n’est pas parce que tu es devenue une jeune femme que tu ne goûteras plus au battoir ! Mes gâteaux même d’une semaine sont les meilleurs de toute la Bretagne !

Tournant autour de la table amusée par sa fausse colère, je viens vers elle lui dénouant son tablier et la chatouillant.

- Tu es impossible Miss, il va falloir devenir adulte un jour…

Ses yeux me dévisagèrent, le ton devint plus grave

- Miss tu ne devrais pas aller à ce rendez-vous.

La serrant dans mes bras, je lui dis doucement,

- Tu sais bien que j’aie la peau dure…
Maewenn a écrit:
Elle avait été kidnappée, pourchassée ... On avait voulu la violer, la tuer ... On l'avait aimée et haïe ... Peut être d'ailleurs tout cela avait réellement eu lieu. Peut être ... ou peut être pas. Mais ce jour la, plus rien n'avait d'importance. Ce jour la, la môme Guérande retrouvait un peu de la sérénité et de la joie de vivre qu'elle avait perdu depuis bien longtemps. Dans quelques heures, elle foulerait sa terre. Dans quelques heures, elle serait chez elle. Elle aurait pu revenir en armée. Dire marde à ce conseil qui lui avait refusé cette protection et n'en faire qu'à sa tête une fois de plus. Mais, surement qu'avec le temps, elle s'était assagie. Surement qu'elle était devenue plus calme et douce. Parfois du moins. Elle avait mis bien longtemps à panser ses blessures, du moins certaines. D'autres restaient encore bien vivaces, bien douloureuses, bien qu'elle fasse tout pour les cacher du mieux qu'elle pouvait. La BAMie avançait dans les fourrés, évitant les groupes de voyageurs, évitant les animaux, évitant ... tout en réalité.

Il faut bien avouer qu'elle angoissait. Ne plus savoir ou était sa place était une sensation qu'elle connaissait depuis bien trop longtemps maintenant. Etre toujours entre 2, Aimer ses parents et Aimer la Bretagne. Etre une Guérande et apprécier certains Montfort. Fuir la Bretagne tout en continuant de travailler pour elle. Fuir ... en quasi permanence sans être sure de savoir ou l'on va. Un instant ses pensées se perdirent dans ses souvenirs. Elle griffonna quelques mots sur un parchemin. L'oiseau fut paré et envoyé.

Elle avait changée. Ou tout du moins, elle ne feignait plus d'être la môme sans coeur et égoïste. Elle avait toujours pensé qu'ainsi elle serait protéger. Qu'ainsi, les souffrances et les douleurs ne l'atteindraient jamais. Mais, elle s'était trompée et le retour à la réalité avait été des plus durs. Alors, elle avait présenté des excuses pour ce comportement, pour cette enfant qu'elle était. Elle s'était haïe pendant longtemps. Puis elle avait acceptée. Acceptée enfin celle qu'elle était. Qu'importe ce qu'on pouvait penser, qu'importe ce qu'on pouvait lui dire. Elle savait qui elle était, et c'était bien la l'essentiel.

Les remparts de Rieux se dessinèrent bientot devant ses yeux. Un frisson la parcourut. Enfin ... Sa terre. Revoir sa terre.
Missanges a écrit:
[ Le voyage]

Au petit matin, je me mis en route, rouspétant intérieurement comme à chaque voyage, d’avoir accepté autant de victuailles pour seulement quelques jours de route.

Mes pieds n’arrivaient plus à chausser les étriers et mes genoux frottaient contre les sacoches gonflées de nourriture.
Tu parles d’un voyage d’agrément !
Enfin agrément c’était peut être vite dit en fait…

Nuage avait pris l’itinéraire bis, celui qui va tranquillou et que chaque breton devrait au moins prendre lors d’un voyage pour le merveilleux panorama qu’il offre à la vue du promeneur.

Les sabots de ma monture foulèrent la bruyère et une odeur de plantes sèches remonta du sol, flotta dans l’air. Le sentier des douaniers se profila, maintes fois parcouru par ces femmes et hommes pistant d’éventuelles menaces pour la Bretagne. Le terrain commença à devenir plus pentu, il sembla que le crépuscule suivait cette pente. Le soleil devint rouge enflammant la voûte céleste de sa lueur. La ligne de l’horizon couleur de feu fit rougir les broussailles et les bosquets autour de moi.

Soudain le sentier s’effaça laissant place à deux fines traces parallèles de roues de charrette qui à force de passage avait gravé une empreinte dans le sol guidant pour celui qui savait voir la route à suivre
Mes doigts serrèrent la longue lanière de cuir cherchant sans doute à me rassurer. Le feu du soleil couchant sembla s’intensifier, mes iris se fixèrent sur cette boule colorée, mon esprit s’évada…

[ Flashback]

Mes yeux se fermèrent luttant vainement contre ce souvenir qui me revenait en mémoire, à certain moment, porteur d’images fugaces sortant des méandres de mon esprit. Et des cris fusèrent. J’étais redevenue une petite fille maintenue par des cordes rêches sur le pont d’un bateau. Celui-ci craquait de partout essayant de résister aux innombrables assauts de boules de feu éclatant le bois faisant jaillir des gerbes d’eaux éventrant sa coque dans un bruit de tonnerre. Des ombres gigantesques se mouvèrent, tanguèrent, des cris rauquent effrayants résonnèrent dans la nuit..

Des bras m‘enserrèrent, m’attachèrent, des lèvres me murmurèrent, survis ma fille…
Puis ce fut le calme, le vide, le néant…
Et le froid !
Ce froid des eaux profondes qui vous aspirent, qui tentent de vous emporter au fond de ses entrailles.
Ce vide, ce bien être qui nous enveloppe le temps de cette descente… Et paradoxalement j’eus l’impression qu’une main me remonta à la surface de l’eau. Ma première vision parmi cette immensité, parmi tous ces objets qui flottaient, fut cette boule de feu irradiant la surface de l’eau, communion de deux éléments aussi puissant l’un que l’autre. La mer irradiait d’un rouge miroitant, la lumière dansait sur chaque vague. Rouge tout était rouge, l’eau avait pris la couleur du sang des femmes et des hommes qu’elle avait engloutis.

Les bras et les jambes de plomb, j’ouvris les yeux., d’un battement de paupières les souvenirs s’estompèrent. Je regardais ce coucher de soleil, le même auquel je m’étais raccrochée un soir, le seul dernier souvenir avec mes parents biologiques….
Missanges a écrit:
Je sentis une douleur dans mes doigts, mes mains serraient les rênes si fort que la lanière de cuir avait laissé une fine trace rouge dans mes paumes. Mes muscles s’étaient raidis faisant apparaître des courbatures croissantes dans toutes les parties de mon corps.
Le vent fouetta mon visage et lentement je respirais relâchant cette tension que le souvenir avait fait naître. Mon corps dodelina lentement suivant la cadence de Nuage et les souvenirs s’ensuivirent …

Ce furent des pêcheurs qui trouvèrent une enfant étendue sur le sable de Kastell, la mer ayant décidée de sauver son âme. Et je fus confiée aux soins des trois ancêtres de Saint Paol, les Mamettes !
N’ayant pas eu d’enfants, seul Aristote pourrait dire pourquoi !
N’ayant pas eu de mari officiel, seul Christos pourrait dire pourquoi !
Je devins l’enfant sage de Kastell regardant doucement les habitants de cette ville évoluer sans trop comprendre le sens des choses.

Sans quitter mes Mamettes je fus adoptée par le plus célèbre couple atypique de bretagne.
Peterpan31 devint mon père légalement, l’homme aux collants verts !
Vert comme la vigueur du chêne !
Mirwen de Brignac devint ma mère, célèbre vicomtesse de Ploërmel, réputée pour son dévouement à la Bretagne, célèbre par son caractère. La citoyenneté était autrement crainte par ses candidats lorsque ma mère était dans ses bureaux.

Le tableau idéal pour se reconstruire, une famille parfaite pouvait voir le jour… C’était sans compter sur la fille ! Ma mère avait déjà une fille d’un précèdent mariage,
LA Mini BAMi !
Et elle fut exécrable !! Dans son rôle de petite fille voulant l’exclusivité de sa maman !
Manigançant divers stratagèmes avec ses amies afin de me faire fuir, imaginant tous les scénarios possibles afin de me faire lâcher prise. Rien ne me fut épargné..
Je m’isolais, en me rapprochant de mon père.

Puis une autre vie commença pour nous deux lors du décès de ma mère. Cette mort qui éclata définitivement cette famille. Ma sœur resta au manoir de Ploërmel chapeauté par son Altesse Riwan dont ma mère était sa vassale, tandis que mon père et moi en étions expulsés.

Les ailes du moulin des Kerdren se remit en marche. Une fine poudre blanche de farine se mélangea à l’odeur iodée de prunàvampi du ciel de Kastell. Il était meunier, j’étais boulangère…

Mon père devint à jamais mon confident, attentif et rassurant, il trouva toujours les mots pour me rappeler l’essentiel de la vie…Je me lançai alors dans la vie associative de ma ville, prenant des fonctions évoluant, allant jusqu’à côtoyer des grands, des mites qui vous perforent la carapace, prennent ce que vous avez de plus profond en vous et repartent aussitôt…

Mais ce qui ne tue pas rends plus fort et comme le vert de la vigueur du chêne, je devins ce brin d’herbe, qui constitue le sol de notre bretagne. Une pousse parmi tant d’autres. Fine tige exposée aux aléas des forces environnantes, qui pâlit sous les agressions, qui s’incline lorsque les forces la font courber…
Mais qui inlassablement se redresse sous toutes les tempêtes …

Soudain Nuage se dressa fendant l’air de ses jambes avant, mon corps bascula vers l’arrière, glissant lentement, mes mains serrèrent les rênes et mes genoux se bloquèrent sur les sacoches gonflées.

-Dis que tu en avais marre de mon silence ! J’ai bien le droit d’être silencieuse et d’avoir des états d’âmes !!

Serrant le vélin dans ma main, j’étais à Rieux…
Maewenn a écrit:
Rieux, ses remparts, la vie qui se dessine au travers des portes de la ville. Pourtant, elle reste la, plantée, hors de la ville. Elle attend. Quoi ? On ne sait ... Peut être a t elle trop peur pour rentrer. Peut être a t elle toujours au fond d'elle cette angoisse d'être rejetée, d'être haïe. Elle la Guérande. Elle la Brocéliande. Elle la Provençale. Avec le temps, elle avait appris que toutes les excuses étaient bonnes lorsque l'on souhaitait vous haïr. Elle s'y était habituée. Du moins un peu, faisant fi des remarques et des insultes. Certaines personnes ne savaient guère faire autre chose. Seul le venin pouvait sortir de leurs lèvres. C'était ainsi, il fallait faire avec.

Elle ne bougeait pas, fixant les remparts. Elle s'assit un instant sur une souche d'arbre. Ou peut être plus longtemps qu'un instant en réalité. Elle imaginait comment pouvait être la ville aujourd'hui. Cette ville ... Rieux ... ville de ses parents. De ses seconds parents, ses parents Guérande. Puis son regard se perd. Elle redevient une enfant. Elle redevient ce bébé que son père, Grand BAMi de son état, emmenait en taverne découvrir le monde. Des bribes de souvenirs lui reviennent, douloureux. Un abandon maternel. La mort d'un père parti trop tôt qu'elle retrouvera mort dans sa cave. La vie qui s'écoule doucement auprès d'un papa bis Bahia. Elle était devenu capricieuse, espiègle, peste. Seul moyen de protection qu'elle s'était trouvée.

Et puis il y avait eu ce coup de poignard. Le remariage de sa mère. Pourtant, elle l'appréciait Peter. Un homme adorable. Mais, personne ne pouvait remplacer son père. Les choses s'étaient faites vite, beaucoup trop vite au gout de la môme. Puis, sa mère avait décidé d'adopter une autre fille. Sa mère ... celle qui n'avait déjà pas de temps pour elle, avait choisi d'adopter une autre enfant. Elle se souvint du déchirement qu'elle avait ressenti. De cette douleur qui s'était immiscée en elle pour ne plus jamais la quitter. Elle avait haïe cette soeur qu'elle n'avait jamais vraiment pris la peine de connaitre. Elle avait quitté le domicile maternel pour rejoindre son parrain à Trécesson. Son enfance ne devint alors plus que rébellion et conflit avec sa mère et sa demi soeur, pourtant seule famille qu'elle possédait. Elle les avait haïe, maudit. Elle avait tout fait pour s'en débarrasser.

Doucement, quelques larmes se mirent à rouler sur ses joues. La Bretagne, sa terre, sa souffrance ...
Missanges a écrit:
Le soleil dans sa course ascendante, arrivait à son zénith sans trop faire son chaud. Il dardait ses rayons sur la crinière de Nuage. Je regardais cette lumière éclairer ses brins de crin prenant une couleur dorée. Jouant un instant, mes doigts s’amusèrent à capturer cette impossible lueur.

Le bruit des sabots de ma monture résonna sur les pavés de la ville de Rieux et quelques Rillettes se retournèrent. Le corps d’une grande bâtisse dont auberge, écurie et bergerie étaient attenante se dévoila. Quatre poules guerrières bravant le danger, aventurées hors de l’enceinte du mur en pierre ceinturant la maison, picoraient quelques graines toujours plus belles lorsqu’elles sont lointaines. Les sabots de Nuage les firent s’éparpiller.

Un homme barbu sortit précipitamment s’essuyant les mains sur un long tablier m’offrant sans doute son plus beau sourire. Je glissai de ma monture en essayant de reprendre une droiture, mes genoux craquèrent. Nuage tourna sa tête nos iris se croisèrent, une lueur espiègle passa dans ses yeux tandis que les miens s’arrondissaient de colère. Tssss !

-Bienvenue à Rieux, jeune dame, une chambre pour combien de jours ?


La question me laissa sans réponse.
Allait-elle venir ?
Allait-elle faire une pause avec moi dans cette auberge ou bien …
Je n’en savais rien. On ne se connaissait pas en fait.
Cette bâtisse allait peut être avoir une comtesse et une vicomtesse sous son toit, deux étrangères et pourtant sœur un jour…

L’homme me dévisagea, puis sans attendre de réponse entraîna Nuage avec lui. Une odeur puissante de cheval prit soudain possession de l’air lorsqu’il ouvrit la porte de l’écurie. La main sur l’anse de mon bagage j’allais à l’étage faire un brin de toilette…

Ce n’était plus les sabots de Nuage qui résonnaient sur les pavés mais les talons de mes bottes. La ville de Rieux s’éveillait, s’animait. J’avançais le long de la ruelle menant au rempart, entendant le son caractéristique du marteau frappant l’enclume, faisant naître une gerbe d’étincelles grésillantes, illuminant furtivement la face du forgeron aux pommettes rouges et bien rondes.
De nombreuses échoppes ouvraient leurs portes. Mes yeux fixèrent longuement une fine robe bleue d’un prix exorbitant.

La ruelle se fit plus étroite, montante et soudain je fus au cœur des remparts de Rieux. Mes mains se posèrent sur la pierre crénelée et mes yeux se perdirent sur cette étendue qui se déroulait devant moi, sur cette Bretagne vue d’en haut.

Bretagne !
Avait- elle oublié sa langue. ?
Avait –elle oublié ses origines ?
Ses histoires... Ses légendes. Son patrimoine…
Mes iris vagabondèrent cherchant une vague silhouette que ma mémoire avait oubliée, occultée. Merveilleuse boite d’images qu’est notre mémoire pouvant enfouir à l’infini multiples peines et joies et qui, au détours d’un mot, d’une lettre fait tout ressortir, rejaillir. Et la bulle imaginaire éclata, les prunelles se firent fixe sur un point infiniment petit, se détachant à la limite de mon champ de vision, grossissant…Grossissant.
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